Salut à toi qui viens lire cet article. Si tu t’es retrouvé·e sur cette page c’est peut-être parce qu’on t’a envoyé le lien, ou alors tu es venu·e voir parce que tu te poses des questions sur ce qui se passe, tu as peut-être entendu des choses. Des choses plutôt pas très cool qui se seraient passées chez les Panthers. Quand ? Qui ? Quoi exactement ? Bonnes questions, est-ce que tu le sais ou bien tu as pris le parti de ne pas prendre parti en restant loin de ces affaires … Loin des Panthers ?

Alors si tu n’es pas très sûr·e d’avoir tout compris, si tu hésites peut-être encore à voter dans ta propre équipe pour empêcher toute Panthers de venir arbitrer ton évènement ou d’annuler le match que tu devais jouer chez nous, je t’invite à lire la suite. Aucune accusation n’est portée, aucun fait n’est pointé du doigt. Il s’agit de réfléchir aux conséquences de ses actes. Non pas en matière d’accusation, mais de positionnement dans un conflit.

La ligue des Roller Derby Panthers+ de Saint Gratien est en ce moment même victime d’une vague de dénonciations et d’une marginalisation qui prennent de plus en plus d’ampleur. Bien que tout le monde n’en ait pas encore eu vent, les quelques personnes déjà informées (ou à l’origine du processus) sont assez nombreuses pour faire en sorte que les ligues ou individus ayant des projets avec les Panthers se retrouvent contraint·es à prendre parti. 

Cela se manifeste par des annulations de matchs, des refus de venir arbitrer chez nous, des refus même de recevoir des membres de notre ligue en tant qu’arbitres. Récemment, une étape de tournoi entière (tournoi comprenant 5 équipes et devant se dérouler sur toute l’année) a été reportée suite à la décision de toutes les équipes de ne pas s’associer avec une ligue à la réputation atteinte par des rumeurs. Bien que nous respectons ce choix, nous déplorons ce parti pris en faveur de bruits de couloirs encore non avérés à l’heure qu’il est, qui ne portent même pas sur l’entièreté de la ligue et remonteraient à plusieurs années en arrière. Car la neutralité n’existe pas, avoir connaissance d’un conflit quel qu’il soit impose de faire un choix.

Nous déplorons que la circulation de rumeurs causent la marginalisation, et que la peur d’être jugé.e coupable ou complice si l’on ne se joint pas à ce mouvement de stigmatisation crée un effet boule de neige où une équipe se retrouve isolée et acculée de toutes parts. Ce genre de phénomène ne serait pas une première dans le monde du derby, des faits similaires se sont déjà produits suite à des choses dont il est inutile de débattre. Le passé est passé, concentrons-nous sur les conséquences à venir du cancel actuel.

Le premier signe annonciateur de la mise au banc de 2022 a eu lieu en Janvier. Alors que la ligue avait prévu un déplacement avec ses deux équipes lors d’un événement, nous avons reçu un mail de la ligue organisatrice, revenant sur leur décision et annulant notre venue, que ce soit pour l’arbitrage ou le jeu, sur la base de “faits préoccupants rapportés” par une personne dont l’identité n’est pas confirmée. Les faits en question relevaient apparemment d’un harcèlement subi par une ou plusieurs personnes au sein de la ligue des Panthers sans que l’on sache s’il était perpétré par une personne, un groupe ou la ligue entière.   

En considérant les histoires passées des Panthers nous avons supposé (encore une fois rien n’est sûr puisque les faits reprochés n’ont jamais été énoncés clairement malgré nos demandes ) que cela concernait des événements datant de 2018-2019 ayant mené entre autres à une scission interne.

Ces événements ont été la cause de souffrances pour toutes les parties impliquées et la ligue s’est engagée dans un processus nécessaire de changement de son fonctionnement : le règlement intérieur a été complètement réécrit de façon à rendre la structure décisionnaire du bureau et le comité coaching beaucoup plus horizontaux. En juin 2019, le comité Inclusion-Diversité a diffusé un questionnaire interrogeant les joueureuses sur leur ressenti et pour savoir ce qui pourrait être mis en place pour que chacun-e se sente mieux dans le club. Beaucoup y ont répondu, y compris des personnes ayant quitté la ligue fin juin 2019. Les résultats de ce formulaire ont immédiatement été pris en compte et nous nous sommes réuni·es afin de mettre en place les axes d’amélioration évoqués dans le compte-rendu du questionnaire. Ces changements ont permis de réaffirmer le socle commun de valeurs humaines et sportives sur lequel les trois équipes actuelles de la ligue s’appuient aujourd’hui. 

Nous ne cherchons pas à nous soustraire à nos responsabilités, et nous voulons au contraire témoigner d’un réel changement qui s’est opéré au sein de la ligue ces dernières années. Et nous pouvons nous appuyer sur les résultats récents d’un questionnaire anonyme réalisé par notre comité I-D pour attester du ressenti positif de nos adhérent·es vis à vis d’une ligue qu’iels considèrent comme bienveillantes et safe – d’après les mots-clés qui reviennent le plus souvent.

Graphiques tiré d’un formulaire du comité I&D du 5 et 6 février 2022

Un formulaire est d’ailleurs accessible aux membres et aux personnes qui participent aux événements des Panthers+. Il peut être saisi de façon anonyme et ainsi permettre de remonter tout comportement ou propos problématique ou discriminant au comité I-D.

C’est d’ailleurs dans ce souci de transparence que nous avons demandé l’aide et la médiation de la Fédération Française de Roller et Skateboard et de la commission Roller Derby, dont nous attendons toujours les réponses. Pour le moment la seule interaction avec ces organismes régissant notre sport en France a été unilatérale, encore une fois sans aucune opportunité de dialogue ou d’écoute de notre version des faits.

Nous ne souhaitons pas minimiser la parole des personnes qui portent leurs accusations contre notre ligue car nous savons que de tels propos attestent d’une souffrance réelle. Toutefois nous tenons à rappeler que dans le conflit interne duquel sont nées ces souffrances, deux parties étaient présentes et c’est pourtant une seule et unique version qui circule depuis sur les réseaux et par le bouche à oreille. Dans l’engrenage actuel, l’opportunité n’est pas donnée aux panthers ayant vécu ces évènements de faire entendre leur propre version et leur propre ressenti. Ce dialogue – pour l’heure inexistant – nous cherchons à le mettre en place afin que toustes puissent être entendu·es.

Nous tenons également à rappeler que la situation actuelle porte atteinte à toustes les membres de la ligue, dont un grand nombre est arrivé après cette saison 2018-2019.

Date d’arrivée des adhérent · es actuelles

 Nous subissons toustes cette vague diffuse de rumeurs, d’accusations et de refus qui est d’une grande violence psychologique et dont les conséquences – fatigue émotionnelle, stress – commencent déjà à se faire sentir.

Le roller derby est un milieu offrant à beaucoup un espace plus libre, un moyen de s’exprimer et de se retrouver. Si le derby est devenu pour beaucoup de personnes un élément central de leur vie, ce n’est pas un hasard, et c’est une chance dont nous devons avoir conscience mais surtout une chose que nous devons protéger.

Qu’est ce que nous devons protéger ? La possibilité pour chacun et chacune de trouver une place dans l’univers du derby, de se retrouver intégré·e, d’avoir la possibilité de s’exprimer là où la société nous en empêche trop souvent. Il est de notre devoir à toutes et à tous de nous rappeler que le roller derby a trouvé sa communauté autour de l’empowerment féminin+ par le sport et la solidarité mais s’est ensuite développé grâce et par la volonté de toutes les personnes qui y ont trouvé une seconde famille au fil des années.

Priver une personne de cette famille est une décision lourde qui ne doit pas être prise à la légère, et la volonté de vengeance et de destruction motivée par des désaccords personnels ne devrait pas entrer en considération au moment de porter atteinte à l’existence même d’une ligue comportant des personnes variées et portées par le besoin de vivre ensemble – des personnes bien souvent marginalisées, pour qui cette communauté est d’autant plus précieuse qu’elles ont moins de ressources et de cercles de sociabilité.

Même si les accusations portées contre la ligue et les personnes qui la composent sont basées sur des désaccords personnels nous comprenons l’impact que cela peut avoir sur les individus, les besoins, réactions et sensibilités de chacun·e étant différents, cependant quelle que soit la situation il est important de se souvenir que, si la justice est une valeur essentielle, elle ne doit pas perdre de vue ses objectifs. D’autant plus dans nos communautés. Punir quelqu’un par volonté de lui nuire ne peut apporter qu’une suite de violences de plus en plus toxiques et aggraver la marginalisation par la haine ou le rejet – rejet qui peut à bien des égards se montrer d’autant plus violent pour une personne s’il provient de sa propre communauté.

Ces violences se concentrent aujourd’hui sur un membre de la ligue bien que tout le monde en pâtisse. On peut décrire ce phénomène par le terme mobbing, forme de harcèlement collectif particulièrement virulent dans les milieux sociaux qui se veulent le plus safe possible. Pour approfondir cette définition nous vous proposons ici un article écrit par Eve Seguin en 2016, professeur d’université de sciences politiques au Québec. Elle y décrit les tenants et les aboutissants de ce phénomène, qui peut avoir des conséquences dramatiques. 

Une autre manière de nommer ce phénomène se retrouve dans le terme trashing, dont les mécanismes sont similaires mais plus utilisés hors des milieux universitaires ou professionnels. Dans une communauté militante ou marginale le phénomène est d’autant plus fort et violent du fait, comme dit précédemment, de l’attaque de la victime par ses pair·es. 

“J’ai donné au Mouvement [féministe] le droit de me juger parce que je lui faisais confiance. Et quand il a jugé que je n’avais aucune valeur, j’ai accepté ce jugement.”

Jo Freeman

Alors que faire si on ne peut pas accuser aveuglement ou réagir immédiatement en prenant parti pour la première personne à s’être exprimée ?

Lorsqu’un problème est soulevé il faut agir sur ses causes, empêcher des situations dangereuses de se reproduire. Traiter les symptômes est illusoire, et ne punit que celles et ceux qui sont assez marginale·aux pour ne pas pouvoir échapper au processus punitif. Nous défendons une approche basée sur la compréhension des besoins de chacun·e et des torts causés. Le but est de prévenir et de guérir, pas de détruire ni d’isoler. Quand on veut faire changer les choses, l’important est de chercher à s’améliorer et à prendre soin les un·es des autres. Pas d’attendre de nos pair·es qu’il et elles soient parfait·es et de leur reprocher la moindre offense comme un fait inacceptable et irréparable.

La solidarité de notre communauté doit passer par une prise de conscience de la souffrance que nous pouvons, en temps que groupe, infliger à des individu·es. Pour reprendre encore une fois les mots de Jo Freeman, féministe américaine de la deuxième vague,  “Attaquer d’autres féministes est plus facile et les résultats sont plus rapidement visibles qu’en attaquant des institutions sociales amorphes. Les personnes sont blessées ; elles partent. On peut ressentir un sentiment de puissance lié au fait d’avoir « fait quelque chose ». Essayer de changer une société entière est un processus très lent et frustrant dans lequel les victoires sont progressives, les récompenses diffuses et les revers fréquents.”

Alors essayons de changer les choses oui. Sans détruire nos adelphes.

“La punition ne frappe pas les personnes nuisibles. Elle frappe celles qui ne peuvent pas l’éviter. Ce n’est pas un contrepoids, mais bien une violence déguisée.”

Porpentine Charity Heartscape, Hot Allostatic